Thomas Senf
 

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Eviter les détériorations de la corde

La corde est un objet d'utilisation. Toute utilisation entame sa longévité. A un certain moment, même la meilleure corde atteint un état où ses  réserves de sécurité deviennent trop petites. Mais le plus souvent, elle perdra déjà plus tôt suffisamment de son confort de manipulation pour inciter à son élimination. Des sollicitations extrêmes peuvent rendre une corde inutilisable, entièrement ou par endroits. Si les dégâts se limitent à un endroit proche de l'extrémité de la corde, on peut naturellement couper ce bout – il faudra néanmoins songer à ce que le marquage du milieu ne joue dorénavant plus. Afin de décider de l'ampleur de la perte en réserves de sécurité d'une corde, il faut pouvoir juger de la dangerosité des différentes influences.

Lésions chimiques

Les rares ruptures de corde de nos jours – abstraction faite des chutes sur arêtes vives – sont la conséquence de lésions chimiques par des  acides. En particulier, l’acide sulfurique des batteries de voiture attaque les fibres synthétiques de la corde et peut même les dissoudre. Sournoisement, une telle lésion n’est pas perceptible de l’extérieur. La gaine présente des altérations de la couleur à peine visibles, mais l’âme sensée supporter la charge peut être détruite. Pour cette raison, il ne faut jamais entreposer des cordes à proximité de produits chimiques. Le potentiel de lésion des solvants est difficile à évaluer, raison pour laquelle il ne faut jamais marquer le milieu de la corde avec un feutre ou avec des moyens semblables.

Sollicitation par une chute

Les petites chutes en escalade sportive n’altèrent que très peu une corde, elle peut en supporter des centaines. Même des vols de dix ou quinze mètres de haut ne signifient pas forcément la fin d’une corde, sous condition d’un  assurage dynamique correct. Ce qui est décisif pour la sollicitation d’une corde, ce sont le  facteur de chute et la  force de choc. Une longue chute dépassant le facteur 1 qui est stoppée brusquement peut diminuer sensiblement les réserves de sécurité de la corde. Elle sera encore capable de retenir de simples chutes d’escalade sportive, en revanche, elle risque de se rompre lors d’une  sollicitation sur une arête, déjà en présence d’une arête moins vive qu’avec une corde neuve. Il ne faudra alors plus du tout l’utiliser en terrain alpin et dans les sites d’escalade présentant des angles vifs; les grimpeurs particulièrement attentifs à leur sécurité élimineront une corde après une aussi «méchante » chute.

Lésions mécaniques

Les angles rocheux vifs, les chutes de pierre ou un «contact» avec un outil à glace peuvent infliger à la corde une blessure fatale localisée. Si la gaine est abîmée au point de laisser entrevoir l’âme, ou à plus forte raison lorsque des fibres de l’âme sont sectionnées, il faut éliminer la corde. Une prudence particulière s’impose avec une corde à simple, où il n’y a pas de second brin permettant une  redondance.

Conseil pratique: Dans l’exercice de la moulinette sur cascades de glace, il arrive parfois que la corde soit touchée par l’engin à glace; avec une panne en demi-tube la corde peut même être sectionnée. Pour plus de sécurité, on peut s’attacher doublement à la corde: nouer une «queue de vache» de deux mètres que l’on croche dans le harnais avec une autre boucle et un mousqueton à vis. La vieille règle «ne pas marcher sur la corde» reste toujours valable. Cependant, des lésions ne sont à craindre que dans des circonstances particulièrement malheureuses; en revanche par la pression du pas, la saleté risque de pénétrer dans l’âme de la corde et l’endommager.

Abrasion

Le frottement sur le rocher et dans les mousquetons use la gaine sur toute la longueur de la corde. La détérioration est plus rapide dans la mesure où la sollicitation est plus importante et les arêtes plus vives. Les cristaux de granite et de grès usent la gaine plus fortement que le calcaire; le rocher ciselé par l'eau plus vite que les dalles; la sollicitation par le poids du corps lors du  rappel ou du  rappel passif endommage la corde plus fortement que l'escalade en tête ou en second sans traction sur la corde. Un point de repère: le rappel accélère le  vieillissement d'une corde deux à trois fois plus par rapport à l'escalade normale, le rappel passif et la moulinette l'accélère cinq à dix fois plus. Le frottement déchire des petites fibres de la gaine, qui devient plus rugueuse et se couvre de «fourrure». Celle-ci peut gêner le maniement et augmenter l'absorption d'eau par la corde. Au plus tard au moment où la gaine est amincie au point de se déchirer ou de laisser apparaître l'âme par endroit, il faudra remplacer la corde.

Conseil pratique: La sollicitation par frottement dans le point de renvoi est moindre dans le rappel passif en faisant passer la corde dans deux mousquetons. Si le piton de renvoi se trouve derrière un angle rocheux, il devrait être rallongé avec des longues sangles, de sorte que la corde ne doive pas coulisser sur l’angle.

Brûlures de fusion

Les brûlures de fusion représentent un cas extrême de détérioration par le frottement. Elles peuvent se produire avant tout quand une corde frotte contre une autre, par exemple dans le dispositif d'assurage lors du freinage d'une chute extrême, ou quand par erreur deux cordes sont placées dans un seul  renvoi. On reconnaît les traces de fusion aux changements de couleur d'aspect vitreux et translucide ou aux brûlures noirâtres de la gaine. A ces endroits, la corde est un peu plus rigide, plus difficile à manipuler et moins apte au travail. En cas de dommages de fusion plus importants, il faudra éliminer la corde. Lorsque l'on exagère la vitesse du  rappel, le descendeur «huit» peut atteindre une telle température que la corde risque de fondre ponctuellement, en perdant de sa résistance à cet endroit précis. Pour cette raison, une vitesse modérée dans le rappel relève du bon sens. La prudence s’impose dans les sites d’escalade très fréquentés: Si deux cordées ne peuvent pas éviter d’utiliser le même renvoi, les cordes ne doivent en aucun cas être passées dans le même mousqueton, afin d’empêcher qu’une des deux cordes ne fasse fondre l’autre. L’une des deux cordées doit alors aménager un propre renvoi dans le même point fixe, par exemple avec deux dégaines crochées en sens opposé. De même, les cordes venant du bas ne doivent pas se croiser.

Salissures

La saleté des cordes est avant tout un problème pour leur maniement, les rendant plus rigides, plus grasses, plus collantes. Si une corde est extrêmement sale, par exemple par de l’huile, de la graisse ou du goudron, et qu’elle ne redevient pas propre même après un  lavage, son élimination ne sera pas seulement une question d’esthétique. La poussière de granite et de sable se révèlent spécialement dangereuses; les cristaux de quartz peuvent éroder les fibres à l’intérieur de l’âme, diminuant ainsi la résistance de la corde, en particulier si on l’utilise pour des rappels ou rappels passifs. Des irrégularités dans le diamètre de la corde et des endroits ramollis peuvent être un indice pour des dégâts internes de ce genr

Cordes mouillées

Une corde qui se mouille devient plus lourde et perd en maniabilité. Si en plus elle gèle encore, ses performances diminueront également. Les cordes gelées ne tiennent parfois plus que la moitié de  chutes normées par rapport à une corde sèche; et passer par la force des «câbles» complètement gelés dans un dispositif d’assurage relève de la torture. La neige ramollie par le soleil, les intempéries et les zones de ruissellement d’eau en cascade de glace sont des situations où l’humidité risque de geler.

Radiations UV

Les rayons UV du soleil font pâlir les couleurs et accélèrent le vieillissement des cordes. Toutefois, les radiations auxquelles une corde de montagne est exposée par son utilisation ne l’affaiblissent que peu – bien que les fibres perdent leur élasticité, rendant la corde plus rigide. En revanche, les anneaux de rappel et de lunule rencontrées dans les parois, aux couleurs complètement défraîchies, peuvent apparaître bien plus douteuses. Mais même celles-ci peuvent en principe résister aux sollicitations statiques se présentant dans la pratique. Toutefois, la prudence s’impose si ces anneaux présentent des traces de brûlures de fusion.

Vrilles

Les vrilles sont des contorsions dans la corde sous forme de spirales. Une corde avec une forte tendance aux vrilles est peu agréable à manier, et lors du rappel, le danger existe que les brins s’entortillent au point d’empêcher le rappel de la corde. Certaines cordes ont une tendance naturelle plus prononcées que d’autres à former des vrilles; une tendance qui se renforce souvent avec le vieillissement. Mais le plus souvent, les vrilles sont provoquées par des erreurs de manipulation. Rouler une corde en anneau lui imprime forcément des vrilles. Le rappel passif en oblique passant par des angles marqués ou sur un mousqueton qui s’est mis de travers provoque une torsion dans la corde. Une manipulation attentive contribue à conserver une corde agréable à manipuler.

Conseil pratique: Veiller au positionnement libre et sans coudes de la corde, et appliquer si possible exclusivement la méthode du  «Lap Coiling» pour la plier. En travaillant avec le demi-noeud d’amarre, maintenir à tout prix parallèles les brins de la corde! Pour supprimer les vrilles dans une corde, le mieux est de la laisser pendre librement. La faire passer plusieurs fois dans les mains peut aussi aider (faire attention à un passage sans provoquer de torsions).